Faut-il vraiment lâcher prise ?
- Jean-Didier Rosi
- 22 janv.
- 3 min de lecture
(Et pourquoi ce n’est ni une obligation, ni un point de départ)

"Lâcher prise"...
L’image est belle, inspirante.
Elle évoque l’idée d’un relâchement, d’un apaisement, d’un moment où tout devient plus léger. Mais pour beaucoup de personnes, cette image ne correspond pas à leur réalité intérieure.
Et c’est précisément là que le malaise commence. Car derrière cette injonction moderne — « il faut lâcher prise » — se cache souvent une pression supplémentaire : celle de devoir aller bien, rapidement, et sans résistance.
Un idéal… pas une obligation
Dans l’imaginaire collectif, lâcher prise serait :
arrêter de penser,
cesser de vouloir contrôler,
accepter calmement ce qui arrive,
se sentir enfin libre et apaisé.
Or, cet état est un résultat possible, pas une exigence, et encore moins un point de départ.
👉 Personne ne lâche prise sur commande.
👉 Et personne n’y arrive durablement sans comprendre pourquoi il contrôle.
Pourquoi est-ce si difficile de lâcher prise ?
Parce que le contrôle a plusieurs fonctions essentielles pour notre survie.
On ne contrôle pas par plaisir, mais pour :
se rassurer,
éviter de souffrir,
prévenir les erreurs,
garder une forme de sécurité intérieure.
Chez beaucoup de personnes, le contrôle est une stratégie d’adaptation construite avec le temps. Vouloir la supprimer brutalement revient à retirer une béquille sans avoir d'abord correctement soigné la jambe.
Les effets néfastes du non lâcher-prise
Lorsque le besoin de contrôle s’installe durablement, il peut avoir des conséquences réelles :
Une fatigue mentale constante : L’esprit ne se met jamais sur pause. Tout est analysé, anticipé, revu.
Une tension émotionnelle chronique : Les émotions sont contenues, retenues, parfois niées… mais jamais vraiment libérées.
Des troubles du sommeil : Le corps est au repos, mais l’esprit reste en alerte.
Une rigidité intérieure : La spontanéité diminue. La peur de mal faire prend plus de place que le plaisir d’essayer.
Une augmentation du stress et de l’anxiété : Plus on cherche à tout maîtriser, plus le sentiment d’insécurité augmente.
Faut-il vraiment lâcher prise, alors ?
La question n’est pas tellement « faut-il lâcher prise ? », mais plutôt :
Sur quoi ai-je réellement du pouvoir ?
Et qu’est-ce qui m’échappe, malgré tous mes efforts ?
Lâcher prise ne signifie pas :
renoncer,
se résigner,
subir,
accepter l’inacceptable.
Cela signifie cesser de s’épuiser à lutter contre ce qui ne dépend pas de soi.
Ce que le lâcher-prise n’est pas
Il est important de le rappeler clairement. Lâcher prise, ce n’est pas :
ne plus ressentir,
ne plus penser,
ne plus agir,
être toujours calme ou positif.
Lâcher prise n’est pas une performance émotionnelle. C’est un rééquilibrage comportemental.
Ce que le lâcher-prise est réellement
Lâcher prise, c’est :
reconnaître ses limites humaines,
accepter que tout ne soit pas contrôlable,
distinguer responsabilité et illusion de maîtrise,
choisir où investir son énergie.
Autrement dit, ce n’est pas “laisser tomber”, mais laisser respirer.
Comment amorcer un lâcher-prise réaliste
Sans se forcer. Sans se juger.
1. Identifier ce qui dépend de vous
Vos choix, vos actions, votre manière de réagir.
2. Identifier ce qui ne dépend pas de vous
Les réactions des autres, le passé, certaines situations extérieures.
3. Accueillir l’émotion avant de vouloir la faire disparaître
On ne lâche pas prise en refoulant, mais en reconnaissant ce qui est là.
4. Avancer progressivement
Le lâcher-prise est un chemin, pas un interrupteur.
Et si le vrai problème était l’injonction à lâcher prise ?
Plus on se dit « il faut que je lâche prise », plus la tension augmente. Car on transforme une possibilité en obligation.
Souvent, le lâcher-prise apparaît naturellement lorsque l’on se sent :
compris,
en sécurité,
respecté dans son rythme.
En conclusion
Oui, le lâcher-prise peut être un état apaisant.
Oui, il est bénéfique lorsqu’il émerge au bon moment.
Oui, il permet d'améliorer la qualité de vie...
Mais non, il ne se décrète pas, et encore moins contre soi-même.
Parfois, le premier véritable lâcher-prise consiste simplement à cesser de se reprocher de ne pas y arriver.
***
Pour aller plus loin
Si ce sujet vous a parlé, d’autres articles abordent ces thématiques sous différents angles :stress, anxiété, besoin de contrôle, émotions, relations et équilibre intérieur.
👉 Vous pouvez les retrouver ICI.
Ces lectures sont conçues pour vous aider à mieux comprendre ce qui se joue en vous, à votre rythme, sans injonction ni jugement.
Cordialement
Jean-Didier Rosi
Coach & Thérapeute



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